Les mille et une vues de la Suisse

«Les Mille et Une Vues de la Suisse» est un ouvrage de Samuel-Abraham Schnegg, M. Troillet, Romuald Banz, Jean Gaberell, Frédéric Boissonnas, Giuseppe Motta, Daniel Baud-Bovy. Il a été publié en 1926 aux Edition des Mille et une Vues de la Suisse S.A. Il est préfacé par M. le Conseiller Fédéral Giuseppe Motta.

Cet ouvrage présente la Suisse au travers de mille photos prises dans les années 20. La qualité des photos et de l’impression est exceptionnelle. Il a été réalisé en héliogravure qui était la technologie d’impression de pointe à l’époque.

Ces photos permettent de voir l’évolution de notre pays en une petite centaine d’années sous de multiples angles. Ce livre m’a donné l’idée de faire des prise de vues sur Google Earth en essayant de retrouver la position approximative du photographe et le cadrage utilisé en 1920. Ceci permet des comparaisons assez spectaculaires que je vais traiter de manière thématique dans mes prochains billets (la fonte des glaciers, la métamorphose de nos paysages, la démographie, l’industrie, les transports, le tourisme, l’agriculture, etc.).
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Les mille et une vues de la Suisse
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J’ai estimé l’introduction de M. le Conseiller Fédéral Giuseppe Motta très intéressante. Elle permet aussi des comparaisons sur l’évolution actuelle du pays et de sa politique. Je vous laisse découvrir ce savoureux moment de lecture.
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Vignette intro
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Les personnes qui ont pris l’initiative de publier ce grand ouvrage ont désiré que je le présente par quelques mots d’introduction. Je n’ai pas voulu opposer un refus à la demande qui m’était faite, car je suis persuadé que les Mille et une vues de la Suisse ne serviront pas seulement les intérêts privés de la société éditrice, mais aussi les intérêts du pays.
Ce livre admirablement illustré renoue une tradition déjà ancienne dans notre pays. C’est à la fin du XVIIme siècle que Johannes Meyer, de Zurich, dans son Mercurius Helveticus, eut pour la première fois l’idée de reproduire en série des vues de la Suisse.
Le XVIIIme siècle vit naître l’alpinisme et ce que l’on appelle aujourd’hui le «tourisme». La Suisse devait s’imposer aux voyageurs en quête de sites et de paysages. Une pléiade de maîtres-graveurs, les Aberli, les Lory, les König, les Meyer, les Bidermann, les Rieter, les Dunker et tant d’autres burinèrent burinèrent ces estampes auxquelles les amateurs attachent, aujourd’hui encore, et aujourd’hui peut-être même plus qu’autrefois, tant de prix. Ils collaborèrent aussi au célèbre volume que publia à Paris le baron Zurlauben, officier suisse au service de la France.
Au début du XIXme siècle paraît la série des lacs suisses publiée par Wetzel et gravée par Hegi. C’est l’époque de la lithographie.
Survient plus tard une autre époque, celle de la gravure sur acier. L’emploi industriel de la photographie pour la similigravure représente une nouvelle étape. Nous arrivons ainsi à l’héliogravure.
L’héliogravure est celui des procédés modernes qui, par sa finesse est sa précision, se prête le mieux, me semble-t-il, à la reproduction. C’est le procédé qui a été choisi pour les
Mille et une vues de la Suisse.
Cet ouvrage, atteindra, je le souhaite, beaucoup d’étrangers. Il contribuera à augmenter le nombre déjà si considérable des personnes qui viennent chez nous pour trouver sur les bords de nos lacs, sur les flancs de nos montagnes, au fond de nos vallées la santé du corps, la paix de l’âme ou l’émerveillement des yeux. En venant contempler notre nature, ces étrangers apprendront en même temps à connaître davantage notre peuple et les institutions qu’il s’est données. Le crédit politique et moral de la Confédération est un de nos bien les plus précieux; il est de notre devoir de ne jamais rien omettre qui soit apte à le maintenir et à le fortifier.
Mon souhait le plus vif est cependant que les
Mille et une vues pénètrent surtout dans les maisons et les familles suisses. Le culte de la beauté fait, pour les Suisses, partie intégrante de leur amour pour la patrie. La nature nous a privilégiés. Nous sommes très différents les uns des autres; les langues, les mœurs, les confessions nous distinguent, si elles ne nous séparent. Le sentiment des beautés que le Créateur a versées à pleines mains sur toutes les régions de notre pays constitue pour nous non seulement une source de joie, mais une raison de solidarité.
Je ne tenterai pas de résumer en quelques lignes les caractères de nos paysages innombrables. Je laisse au lecteur – aidé par les écrivains réputés qui ont bien voulu rédiger les textes de cet ouvrage – le plaisir de se former lui-même ses impressions.
Au moment même où j’écris ces lignes d’introduction, je contemple de mon bureau, au Palais Fédéral, le panorama des Alpes bernoises. C’est l’heure du crépuscule. A l’arrière-plan du paysage qui se déroule devant mes yeux, les Alpes couvertes de neige dressent leur majesté virginale. Je continue à les contempler et ne peux me rassasier de cette vision. Elle me porte à songer, par contraste, à la douceur naturelle qui émane des lacs de mon Tessin et je bénis Dieu de m’avoir donné la Suisse comme patrie.

Berne, le 5 octobre 1924.

Signature Motta
Palais Fédéral
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